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Crimes d’honneur
Une définition de l’honneur
D'abord je tiens à formuler une définition de la notion de l'honneur dans le sens général en me fondant sur des recherches scientifiques:
L'honneur d'un être humain est le conscience d'être un membre de sa société, basé sur le comportement des autres gens.
Pour être accepté comme membre normal de sa société, il faut que l’individu n'aie pas commit des méconduites; seulement dans ce cas il est possible que l’on accepte comme être humain intègre dans lequel on peut avoir confiance.
Lorsqu'une personne, femme ou homme, commit des méconduites graves, elle risque d'être stigmatisée et exclue de la vie sociale normale, du moment que ces méconduites seront connues par la société (p.e. Williams, K.D. and Nida, S.A., 2011, "Ostracism: Consequences and Coping" in: Current Directions in Psychological Science, 20:2, pp. 71-75).
Non seulement les auteurs mêmes de la méconduite peuvent être soumis à la stigmatisation et l'exclusion de la vie normale de la société, ce sont tous ceux associées à la personne responsable de la méconduite (stigma associatif, Goffman, "Stigma: notes on the management of spoiled identity", Englewood Cliffs, 1963).
Le risque d'être exclu et stigmatisé en général engendre un stress énorme sur chaque individu dans le cas de méconduites graves.
Les buts de la violence liée à l’honneur
Alors, on peut diviser les buts de la violence liée à
l'honneur à la manière suivante:
- exclure, stigmatiser des personnes dans sa communauté qui se sont conduit mal d'une façon inacceptable. Elles n'ont plus d'honneur, elles n'ont plus la droit de faire partie de la communauté;
- reagir contre des diffamations graves; car ceux qui ne réagisent pas risquent d'être exclus de la société et de subir la stigmatisation;
- prendre des mesures afin d'éviter d'être le victime des personnes qui se conduisent d'une façon inacceptable, ou bien que une personne associée (=membre de sa famille) soit victime;
- empêcher qu'un membre de ses associés (=sa famille) ne commise de méconduites graves;
- garder en secret des méconduites graves commises par soi-même ou ses associés (les membres de sa famille). Alors un chanteur qui exige de l'argent pour ne pas publier de photos, en fait joue avec l'honneur de sa victime; c'est à dire: il menace de créer une cause pour lequel la victime soit stigmatisée et exclue;
- enlever le stigma qui pèse sur soi ou sur ses associés, mettre fin aux stigmatisations et accusations (et récupérer son honneur). Dans ces cas on doit se distancier de la personne qui a commis la méconduite.*
(*Voir:
Condry, Rachel, Families
Shamed: The Consequences of Crime for Relatives of Serious Offenders. Willan
Publishers, Cullompton, 2007;
Ermers, Rob, Eer en
eerwraak. Definitie en analyse, Bulaaq, Amsterdam 2007;
Ermers, Rob et Goedee, John, et al. Werkboek Eergerelateerd Geweld, Boom/Lemma, Den Haag, 2010.)
En bref, un être humain possède l'honneur lorsqu'on n'est
pas stigmatisé à cause de graves méconduites.
La possession d’honneur est la norme universale, donc la violence liée
à l’honneur existe partout
Si la possession de l'honneur est la norme, il me semble évident que la violence liée a l'honneur aussi est partie de la vie quotidienne dans toutes les populations du monde, sans exception aucune.
Les auteurs des actes de violence ainsi motivées comme que les victimes sont des femmes et des hommes. Je tiens à souligner que les victimes ne sont pas exclusivement des femmes.
Garder son honneur ou ne pas vouloir être stigmatisé est un désir social normal, pas exclusivement masculin. Etre stigmatisé, devoir vivre avec honte éternelle à cause d’une méconduite “n’est plus une vie, c’est pire que la mort”. Je me fonde ici sur les recherches de la psychologie sociale.
Les différences entre les sociétés
Ayant formulé ainsi la definition d’honneur, nous maintenant peuvent tourner aux differences existantes entre les sociétés en ce qui concerne, par exemple:
- Quelles sont les comportements considérés comme méconduites (sexuelles et non-sexuelles) dans société X;
- Quelles sont les manières de récupérer son honneur (c'est à dire d'enlever le stigma) et d'être accepté de nouveau (avec ses associés) dans la société X?
On peut encore formuler la question A d'autres façons:
- comment (en faisant quelle sorte de comportement) peut une personne au Proche-Orient causer un stigma pour soi-même et pour ceux qui sont associés avec elle?
- Comment est-que l'on peut chanter une personne provenante du Proche-Orient?
- Comment peut-on au Proche-Orient diffamer une personne et sa famille?
- …
Dans beaucoup de sociétés il est possible d’apercevoir des changements graduels dans les définitions de méconduite, de sorte que certaines sortes de comportement ne n’ont plus les graves conséquences sociales comme jadis ou, au contraire, pire.
Les crimes d’honneur (crime dans le sens de ‘meurtre’)
Je n’ai pas été le seul à apercevoir qu'il y a des
differences entre le Maroc (l’Algérie et la Tunisie) et les pays en Orient
(al-Machriq) en ce qui concerne ces deux points (A, B).
Quant à B, il y a des communautés où, en certaines circonstances, on ne peut récupérer son honneur (c'est à dire: enlever le stigma) qu'en tuant une autre personne. Un meurtre y sert pour récupérer l’honneur d’un individu (et celui de ses associés, la famille) dans les cas suivants:
- après méconduite non-sexuelle:
- (en cas de meurtre) tuer le meurtrier d'un membre de sa famille. (Une famille qui ne le tue pas est stigmatisé dans sa communauté comme une 'bande des lâches');
- après méconduite sexuelle:
- (en cas de viol) tuer le violeur d'une femme de sa famille (une famille qui ne le tue pas est considérée lâche, et d'avoir accepté le comportement du violeur, on en fait lui a offert la femme, on l'a rendue ‘pute’);
- (en cas d’outrage à la pudeur publique) tuer
la personne, homme ou femme, membre de sa propre famille qui de propos déliberé se comporte mal sexuellement – il s’agit en particulier de l’acte sexuelle extramaritale – et qui ainsi prend le risque bien réel que son entière famille soit stigmatisée. (Une famille qui ne fait rien contre ce comportement, qui ne se distancie pas publiquement, 'accepte' qu'elle ou lui se comporte de telle manière inacceptable);
Les meurtres (i, ii) pour récuperer son honneur ne sont pas un phénomène au Maroc.
Les crimes d’honneur au Maroc
En 2009, lors une visite au Maroc, en particulier à la
police de Rabat, on m'a assuré qu'au Maroc des meurtres avec le but de
récupérer l'honneur de la famille ne sont pas connus - ce qui confirmait mes
experiences entre les immigrés du Maroc au Pays-Bas. Au Maroc on apprend des
'honour killings' de la presse comme une phénomène existant dans des pays
arabes du Machriq, comme par example la Jordanie (et aussi le Pakistan et
l’Afghanistan), mais pas au Maroc.
En général, dans mon expérience, les meurtres commis dans les cercles des marocains immigrés n'ont guère le but la récupération de l'honneur; au contraire: un meurtre peut même créer une nouvelle stigma pour l’auteur dans sa société, c'est-à-dire celle d’un ‘meurtrier (de femmes)’. Notez que une acte de violence qui a menée à la mort involontaire d'une personne peut quand-même être liée à l'honneur.
En bref, il y a sans doute des crimes d'honneur au Maroc (crime entendu dans le sens de ‘delit') comme est le cas dans tous les pays du monde, chez tout les peuples. Naturellement, chaque état doit faire son mieux pour protéger ses citoyens contre toutes formes de violence, quel que soit le motif.
La protection des femmes
En 2009, la police de Rabat venait d'installer un département spécialisé qui s'occupe avec des cas de violence dirigée aux femmes. Mais le seul fait que une femme est la victime n’est pas un critère suffisant pour distinguer entre les motifs que les auteurs puissent avoir eu pour commettre tel acte de violence. Autrement dit: il est pratiquement impossible de connaitre le motif pour une certaine acte de violence sans la avoir bien recherchée.
De l'autre coté, la femme ou l’homme qui est victime d'une acte de violence de la part de sa propre famille avec ce motif aura, bien sûr, milles raisons pour garder sa silence sur ses propres méconduites, ou pour mentir.
La législation concernant la défense de son honneur
Alors les actes de violence motivées par la nécessité de préserver son honneur (=eviter d'être stigmatisé) ne forme pas partie d'une loi spéciale marocain.
Et cela est, je crois, le cas partout dans le monde entier. Au contraire, il est évident que, en général, au Maroc comme dans tous les pays, on a sans doute des lois qui protègent ceux qui commettent un crime (dans le sens de ‘delit’) dans la crainte de pouvoir être stigmatisés et exclus de sa société.
Par exemple, une personne qui commet de la violence contre un autre individu qui le diffame en suggérant qu'elle-là a commis des méconduites graves – disons des actes de débauche sexuelle – peut conter sur la compassion de sa communauté et celle du juge (à condition qu'il en effet s'agisse des mensonges), même son acte de violence est évidemment liée a l’honneur.
De la même manière on souvent comprend les parents qui punissent leur fils lorsqu'on apprend de ses débauches sexuelles contre sa petite soeur ou, par example, contre la fille des voisins. Les actes de violence avec ce sorte de motif nulle part sont considérées une catégorie légale spéciale.
Une législation spéciale pour ‘les autres’
La categorie de violence liée à l'honneur est relativement récemment conçu par des groupes et organisations de l'Ouest qui luttent contre les nombreuses injustices que subissent les femmes en étranger, en particulier cheze les populations dans le Proche-Orient, en Asie et en Afrique.
Comme explication de cette type de injustices on a adopté une definition d'honneur qui diffère de celui dans l'Ouest. On se base sur la (maigre) supposition que les inhabitants d’une grande partie du monde ont une "culture d'honneur", en particulier les hommes, dans lequel l'oppression aveugle des femmes est la norme, ou pire encore, où la violence (irrationelle) même est le point de départ de leur l'honneur: être violent égale être honorable.
Tout ça en négligeant que la nécessité de sauvegarder son honneur (=ne pas être stigmatisé) est part d'un processus social, souvent tragique, mais desormais normal.
Il me semble que c'est à cause de la association totalement distincte évoqué par la notion d'honneur chez les gouvernements dans le Proche-Orient et ailleurs que ils en effet ne comprennent guère 'notre' préoccupation avec ce motif particulier pour les actes de violence dans leurs pays (et chez les immigrés provenants de leurs pays), et qu'ils ont l'air de n'avoir pas envie d'adapter sérieusement ses lois, même en avouant que la position de la femme doit être améliorée.
Comment construire une législation sans honneur et stigma?
En effet, on se demanderait comment un gouvernement pourrait faire ça. Du point de vue du gouvernement, disons marocain, on devrait développer sous la pression des groupes étrangères, une législation qui punira les auteurs (surtout les hommes) des actes de violence instiguées par la crainte de perdre son honneur (=d'être stigmatisé socialement) plus sévèrement que des voleurs, chanteurs, violeurs, fraudeurs, sadistes, vandalistes, etc., ou bien ceux qui, peut-être, ont commis une acte de violence contre une femme pour une raison quelconque ... Un tel changement bouleverserait tout leur système judicial et législatif.
En Turquie on a, il y a une dizaine d’années, sous la pression de l'Union européenne, créé une nouvelle categorie juridique nommées 'crimes de tradition' (töre cinayetleri). Les crimes (ici dans le sens de meurtres) categorisées ainsi sont en effet punis plus sévèrement que des autres. En conséquence, aujourd'hui aucun Turc accusé n'ose plus parler de 'son honneur', du douleur de se savoir stigmatisé dans sa communauté à cause de tel ou tel incident. On plutôt préfère de mentir devant le tribunal pour se sauver la peau.
La vérité et l’honneur
Une autre, meilleure question, serait si tout le monde qui
prétend d'avoir commis une acte de violence pour sauvegarder son honneur
(=éviter la stigmatisation) la fasse de bonne raison, ou que la proportion de
violence utilisée soit toujours justifiée.
Il est également raisonable de se demander si l’excuse de ‘defense de l’honneur’ soit en effet applicable dans certains cas; on doit aussi investiguer si l’accusé avait un autre motif qui l’à mené à son acte, comme par exemple la jalousie, l’avidité, troubles sexuelles, une séparation, un disput concernant la tutuelle des enfants, etc. Conduire des recherches investigatoires justes, libres de préjugés, est la tâche principale de chaque sistème judiciaire.
Vers la inégalité devant la loi …
Dans certains pays européens on a, depuis une dizaine des
années, commencé à former des mesures pour combattre les actes de violence
contre les femmes immigrées, en particulier celles provenantes du Proche-Orient
et de l’Asie.
Du point de vue scientifique et juridique, cela a eu déjà des conséquences intéressantes. Aux Pays-Bas, par exemple, dans une directive provenant du ministère de justice (2010) on ne distingue plus entre le "sens d'honneur" et "l'honneur" proprement dit, mais seulement en relation aux immigrés.
Ainsi, une acte de violence commise par un immigré contre sa femme (ou une femme quelconque), quoi que soit la mobile, risque d'être qualifiée d'une autre manière et puni d'une autre façon – plus sévère – que celle commise par un non-immigré.
© R. Ermers, 2013.
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